Par Josée Durocher

Aujourd’hui, je rencontrais un docteur en médecine interne de l’hôpital de ma région pour une consultation préopératoire… C’est lui qui devait me donner le « ok » pour une chirurgie importante pour moi, mais somme toute assez fréquente.

Bien que la chirurgie en question se fasse régulièrement entre les murs de cet établissement hospitalier, je suis arrivée à mon rendez-vous avec mille questions et toutes mes peurs.

Suis-je la seule ici qui a peur de se faire opérer et qui a peur de souffrir après coup?

Vous êtes autiste?

Enfin, bref, à la lecture de mon dossier, le bon docteur s’est rendu compte que je suis une personne autiste de haut niveau. Et c’est là que c’est arrivé!

Il a mis mon dossier de côté un moment pour me questionner sur mon autisme. La fameuse question : « Comment as-tu su? », ne s’est pas fait attendre…

Mais d’autres questions lui ont vite brûlé les lèvres si bien qu’il s’est laissé aller à me les poser. Et dans un élan de pure confiance, il m’a confié que deux de ses enfants éprouvaient différentes problématiques et qu’il soupçonnait un TSA.

Les personnes autistes ont un rôle à jouer

C’est drôle comme on porte plusieurs chapeaux dans la vie! Tout à coup, je n’étais plus une patiente, mais une confidente. Et j’ai pris mon rôle au sérieux. Premièrement, en lui disant ce que je dis à tout le monde : « Je ne suis pas spécialiste de l’autisme, mais de ma vie, oui. »

Nous avons ainsi échangé plusieurs minutes jusqu’à ce qu’il réalise que notre rencontre portait désormais sur les craintes qu’il avait relativement à ses enfants.

J’ai eu le temps de lui parler de mon parcours pendant un temps et je crois qu’il était content des réponses qu’il recevait de moi. Il m’a même demandé l’adresse de mon site Web, histoire d’en savoir davantage et de me lire un peu.

De l’ouverture

J’étais contente. J’en rencontre souvent des spécialistes qui croient tout savoir du fabuleux monde de l’autisme. Et, malheureusement, beaucoup d’entre eux ont de fausses croyances et les défendent obstinément.

Lorsque notre rencontre fut terminée, j’ai pris le temps de le remercier pour sa très grande ouverture à entendre ce que j’avais à dire sur ce que j’ai vécu et comment je l’ai vécu. Il semblait heureux.

Nous nous sommes quittés lorsqu’il m’a donné ce fameux « ok » pour mon opération et que nous nous sommes frappé les poings ensemble pour nous saluer.

Moi aussi j’étais heureuse. C’est la première fois que je rencontre un médecin prêt à entendre ce que j’ai à lui dire sur l’autisme et surtout prêt à écouter mes propos en les pensant importants.

Ah, si tous les médecins et spécialistes que je rencontre étaient ainsi! Je n’aurais pas à tout expliquer, en vain, comme si je parlais dans le vide lorsque je parle de moi.

Cette rencontre m’a réconciliée avec la gent médicale qui, je crois, gagne à écouter, comme ce bon docteur l’a fait aujourd’hui, la réalité des personnes autistes. Qui plus est, lorsqu’il soupçonne le TSA chez des membres de sa famille.

Parler d’égal à égal avec quelqu’un qui pourrait faire comme bien d’autres et me regarder de haut m’a fait le plus grand bien.

Bravo!

Chapeau à ce docteur d’être à l’écoute et d’être aussi curieux. 

J’espère en rencontrer d’autres comme lui. C’est beaucoup plus intéressant que de se faire dire que le fait d’être Asperger ne concerne que les enfants comme un de ses confrères m’a déjà dit!

Les enfants autistes grandissent, et ça fait des gens comme moi qui ont une voix… aussi bien l’entendre et l’écouter!

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