Par Josée Durocher

Mon très cher cerveau, j’ai décidé de t’écrire aujourd’hui pour te dire à quel point je t’aime et je t’apprécie. Mon cerveau, le mien… Dieu qu’on t’affuble de tous les noms ! Surtout depuis que tu dictes à mes lèvres de prononcer le mot autisme.

Je pensais, à tort, que je me délivrerais des qualificatifs douteux en clamant haut et fort mon autisme. Évidemment, il n’en est rien. Certains disent que je tiens du génie, d’autres de la pire des folles, mais aucun ne sait vraiment de quoi il en retourne… même pas moi… bien des fois.

Comme quand j’ai peur de sortir de chez moi et de me rendre dans un magasin à grande surface. La seule idée d’être dans le monde m’horripile, pourtant, celle d’être devant le monde me séduit. Peut-être parce que j’ai des choses à dire, à raconter, le fait de me tenir debout devant mes semblables m’est moins pénible. Mais, dans une foule, j’ai l’impression de me faire carrément avaler, et c’est limite insupportable !

Tu sais, cerveau, on a tous une zone de génie. Certains la découvrent tôt, d’autres plus tard dans la vie. Moi je l’ai découverte à l’orée de ma vie adulte. J’écris, je rédige, je signe, je scribouille partout où je peux, et c’est encore plus génial lorsque je traite de sujets qui m’intéressent vraiment !

À cause de ce don, s’il en est un, on m’a traitée de bien des noms. On a même tenté de me faire croire que je n’étais toujours pas assez, moi qui donne plus que tout. Alors j’ai donné encore et encore jusqu’à m’épuiser sans qu’on me paie mon dû, pour un sourire ou une tape dans le dos qui tardaient à venir.

Tu es une bonne pâte cerveau, avec ta bonté qui te vient directement du cœur, tes analyses où tout le monde est gentil, tout le temps, où tu veux faire le bien, souvent.

Mais l’abus laisse des traces… et bien que tu fonctionnes super bien avec cet autisme, il t’arrive de t’épuiser tellement que tu vis des genres de « no more functionning for now » et des fameux effondrements où tu mets la « switch » à « off » et que tu choisis de ne plus rien dicter à ton corps, du coup, ce dernier s’emballe tellement qu’il a la très désagréable impression de sombrer dans un néant éternel.

Puis, au bout d’un moment, tu reviens… Shutdowns, meltdowns… « touch down » tu reviens « down town » !

Tu es un sujet bien « in » ces temps-ci. Pour plusieurs, un autre sujet qui fait mode et qui ne durera pas dans le temps, pour d’autres, comme pour moi, un sujet dont on doit parler abondamment pour mieux l’identifier, le connaître, l’accepter et l’inclure dans tous les dossiers.

Et même si l’on te bafoue plus souvent qu’à ton tour, même si tu me fais vivre de ces orages où je ne veux trouver qu’un abri pour me sécuriser, même si, même si… je t’aime comme tu es, car je m’aime comme je suis.