Par Josée Durocher

 

Quand j’étais toute petite, j’étais convaincue que je n’étais pas la fille de ma mère, de mon père. Qu’on m’avait adoptée, pire encore qu’on m’avait trouvée ! J’avais entendu vaguement parler de l’histoire de Superman par des adolescents férus de bandes dessinées et je pensais que lui et moi étions probablement cousins !

Différente

C’est vrai… je me sentais si différente, et une des rares choses qui me calmait l’été, lorsque je passais du temps à la campagne chez mes grands-parents, était de regarder et de me perdre dans le ciel étoilé le soir venu.

Et c’est là, dans cette campagne de Lanaudière, que je m’adonnais à mon jeu préféré : faire semblant. Alors là, il n’y avait pas de limites à mon imagination et j’étais, à coup sûr, une version féminine de mon héros préféré. Bien entendu, je n’avais pas encore entendu parler de Supergirl et de ses pouvoirs, peut-être l’ai-je même créée dans mon esprit avant même qu’elle n’existe !

Néanmoins, j’arpentais les champs ou les bois, c’est selon, à la recherche de criminels et de gens imaginaires à sauver.

La blessure de rejet

La vérité est que je me savais différente. Je ne pensais pas comme les autres et quand venait le temps de donner mon opinion, même si cela n’arrivait pas souvent, je passais toujours en dernier parce que je devais tâter le pouls avant de prendre une décision et m’exprimer.

J’étais tout de même et très souvent victime de rejet. C’est une blessure qui fait énormément souffrir même lorsqu’on est petit et qu’on n’arrive pas à vraiment se l’expliquer. 

Certaines personnes croyaient, à tort, que je voulais attirer l’attention des autres en étant, du moins, en paraissant excentrique. Je ne faisais vraiment pas exprès d’être différente, mais je l’étais.

Me réfugier dans mes pensées en rêvant que j’avais des collants et une cape me permettait de me dissocier de ma grande souffrance d’être. Parce que pour moi, vivre équivalait à souffrir.

Désormais

Aujourd’hui, j’aime toujours autant les superhéros, mais je les aime dans ma télé. Je rêve toujours de justice et je me calme en regardant les étoiles, mais je sais très bien que je suis la fille de mes parents !

Bien sûr, je me porte intensivement et toujours à la défense des plus démunis et, honnêtement, il m’arrive encore de temps en temps, juste un moment, de m’imaginer que je viens des étoiles. Je porte collants et cape pour exprimer tous mes superpouvoirs pour sacrer une « volée » imaginaire à de quelconques méchants que je rencontre vraiment !

Mais tout cela n’est qu’utopique, heureusement ! Je suis une fille bien ordinaire qui a juste besoin quelquefois de décrocher dedans sa tête !