Par Josée Durocher

J’ai reçu un éloge aux parents par le biais d’un témoignage pour la section Mot à Mot de Mot d’Autiste. Outre les bons mots visant les parents d’enfants TSA (trouble du spectre de l’autisme), L y dépeint la réalité des aidants dans ce contexte particulier qu’est le nôtre actuellement.

Je suis touchée par tout l’engagement dont cette personne fait preuve envers son travail, mais plus encore envers les bénéficiaires.

Je vous laisse sur ses mots. Mots qui veulent tout dire, vraiment !

Une T.E.S. témoigne

« La COVID-19 est un non-sens indescriptible pour bien des personnes TSA. Une bombe à retardement dans bien des familles…

Je suis T.E.S. (technicienne en éducation spécialisée) au secondaire. Je travaille avec des adolescents. Adolescents qui, en plus d’avoir les hormones dans l’tapis, ont des troubles sévères de modulations sensorielles, de langage et de comportements.

Les ados TSA qui se trouvent dans ma classe sont des jeunes pour qui, même les classes adaptées n’arrivaient pas à répondre à leurs besoins. Des besoins si grands, si complexes!

Un travail important

Au quotidien, c’est une structure personnalisée et adaptée à chacun d’eux. J’ai cinq élèves. Eh bien, j’ai cinq classes en une! Aucun élève n’a le même horaire, le même niveau de fonctionnement, les mêmes besoins. C’est très complexe.

Mon travail est de gérer des désorganisations, des crises de non-sens, de l’opposition, mais c’est surtout de passer des heures à planifier des micro-apprentissages. Ce sont des heures à planifier des adaptations à leurs horaires et leurs environnements pour qu’ils soient assez apaisés pour faire ces apprentissages.

C’est un travail constant, car leurs besoins évoluent, comme les nôtres. Mon travail, c’est de faire en sorte que ces jeunes-là soient capables d’être à l’école. J’ai déjà eu une maman qui m’a levé son chapeau en disant qu’elle adore son fils, mais a beaucoup de difficulté à s’imaginer qu’on puise faire ce choix de carrière.

Être parents en temps de coronavirus

C’est vrai que c’est épuisant pour les parents. Ils n’ont pas les mêmes ressources que nous. Ils n’ont pas les mêmes connaissances que nous. On existe, nous, le CRDITED, les médecins, les T.S. pour les aider, pour leur offrir du soutien. Et là, bang! La COVID-19 et toutes les familles de ces enfants à besoins particuliers se voient couper l’herbe sous le pied.

Leur filet de sécurité… leur réseau de soutien se réduit à un vide et quelques appels, qui ne font que rappeler l’ampleur de leur nouvelle réalité : le confinement.

L’impuissance

Comment puis-je faire mon travail à distance? Comment puis-je expliquer un scénario social à travers une vidéoconférence? Comment puis-je élaborer et implanter un horaire à la maison pour structurer mon élève alors que les parents se sentent dépassés ou ne voient pas l’importance d’instaurer un horaire à leur enfant? Comment puis-je travailler?

J’en ai fait des documents, des scénarios sociaux, des explications en langage conceptuel, des vidéoconférences, mais, en fin de compte, ce sont les parents qui décident s’ils veulent utiliser ces outils pour leur enfant.

La plupart ne les utilisent pas. Ils ne sont pas à blâmer. La COVID-19 a chamboulé la vie de tout le monde. Imaginez-vous, perdre votre emploi, perdre le peu de répit que l’école vous procurait. Imaginez-vous devoir travailler à la maison en plus de devoir gérer l’horaire et les apprentissages de votre enfant TSA.

Les parents : de grandes personnes!

C’est moi qui lève mon chapeau aux parents en ce moment. Ils font ce qu’ils peuvent, du mieux qu’ils le peuvent. Je leur lève mon chapeau. Ce sont eux qui gèrent quotidiennement les imprévus avec leur enfant. Ce sont eux qui doivent expliquer pourquoi les épiceries sont ouvertes, mais que lui ou elle ne peut pas venir. Ce sont eux qui doivent dire non. Ce sont eux qui gèrent des crises de non-sens.

Je suis T.E.S. au secondaire et je jongle avec l’impuissance tous les jours depuis la fermeture des écoles. »

En bref…

Ouf! La grande impuissance que beaucoup d’entre nous vivent pendant cette crise sanitaire mondiale. 

Je souhaite à L de retrouver ses élèves bien rapidement et qu’elle ne vive pas trop de contrecoups d’une désorganisation qui est si souvent problématique chez les personnes autistes.

Je souhaite également que ses élèves la retrouvent bien rapidement — lorsqu’il sera sécuritaire de le faire — pour bénéficier de tous ses enseignements.

Et à vous, parents, moi aussi je lève mon chapeau. Vous êtes des phares… des lumières dans l’opacité sombre. 

Si vous avez envie de témoigner, histoire de, vous aussi, lancer des fleurs à quelqu’un ou encore si vous ressentez le besoin de partager votre histoire, n’hésitez pas et écrivez-moi en cliquant ici.

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