Par Josée Durocher

Mes très chères amies, je vous écris parce que ça fait un bon bout de temps que quelque chose me chicote et je crois qu’il est temps pour moi de m’exprimer sur le sujet. Il est peut-être aussi temps pour vous de me lire là-dessus! Lettre à mes consœurs autistes!

Le dénigrement

Je vous lis partout dans les médias sociaux, dans les groupes de discussion ou sur vos murs personnels. Je suis sidérée de constater que vous vous dénigrez à qui mieux mieux sans espoir d’empathie envers vous-mêmes.

Vous vous remettez en question sans cesse. « Si j’ai agi ainsi, est-ce que cela veut dire que je suis égoïste, méchante, cruelle? » Et moi de penser et aussi de répondre souvent : « Non, tu es humaine, voilà tout!»

Notre condition

Toute notre vie, on nous a traitées de braillardes, d’égocentriques, de capricieuses, de snobs, de bêtes et justement, d’égoïstes, de méchantes et de cruelles. Moi j’en ai assez! Et quand j’ai su que je suis autiste, ceci expliquant cela, j’ai cessé de me taper sur la tête comme si je ne méritais que cela. 

Je ne me traite plus de tous les noms, plus jamais! Cela me donnerait quoi? Rien de constructif. J’ai tellement souffert avant quand les gens — et ils ne se gênaient pas — me lançaient tous ces qualificatifs en pleine figure que je ne me ferai pas souffrir autant par un discours qui m’anéantit.

On est toutes là à s’encourager quand l’une de nous tient ce genre de propos envers elle-même. On l’invite à changer d’optique, à se traiter avec respect et douceur. Mais qu’en est-il de nous-même. Moi, je dis que ce qui est bon pour mes consœurs autistes l’est aussi pour moi. Je mérite mieux que tous ces qualificatifs qui ne font que détruire les belles personnes que nous sommes!

Amour et respect

Je crois, et j’en suis totalement convaincue, qu’on se doit le courage de s’aimer et de se respecter pour arriver à montrer le même chemin aux autres. Ces autres qui oublient, à coups de méchanceté et de mauvaises informations, pourquoi nous agissons différemment de bien des gens.

Il est de notre devoir, je le pense sincèrement, de mieux nous traiter personnellement pour arriver à mieux nous traiter collectivement. Je suis de celles qui croient qu’une des belles formes d’empathie qui soit est celle que nous appliquons à nous-même. Du coup, on apprend à être de plus en plus empathiques et d’autre part, nous sommes en mesure d’en voir les résultats positifs. Cela donne inévitablement l’envie d’être de véritables empathiques pour nous toutes!

Aujourd’hui, je vous écris, le cœur gros d’un chagrin qui passera sûrement, mais qui fait mal le temps qu’il m’habite. Une autre femme s’est dénigrée en prétendant ne pas être assez intelligente et belle, presque trop stupide pour mériter de vivre. Je suis bouleversée par ce que je lis là. C’est donc d’un cri du cœur qui j’espère, se fera entendre vraiment, que je vous invite à vous aimer et, en conséquence, à mieux vous traiter.

N’oublions pas que c’est nous, de la manière dont nous agissons envers nous-même, qui enseignons aux autres à nous traiter avec respect.