Par Josée Durocher

Quand j’ai dit à une amie spécialiste du deuil que je ferais une chronique au sujet de la mort, elle en a été fortement interpelée, vous l’imaginez bien! Elle trouvait la chose très intéressante puisqu’à son avis, au mien aussi, nous n’en parlons pas assez.

Mais lorsque je lui ai confié ma vision et ma manière d’amener ce sujet trop souvent oublié, mais très présent dans nos vies, sujet paradoxal donc, il y a eu un long silence au téléphone. Et, immédiatement, sans crier gare, elle est revenue à moi, à mon histoire et m’a dit que je ne pouvais pas faire une telle chose.

Mon amie Karine, je te dédie donc cette chronique en espérant que tu me comprennes, que tu saisisses mes blessures et toute mon histoire… tout ce qui me fait prendre de telles décisions.

Donc, ma mort…

La mort fait peur et comme mentionné plus tôt, elle est souvent omise tout en étant présente dans nos vies. Nous n’aimons pas penser à notre mort et tout ce qu’elle nous fera vivre, pas plus que ce qu’elle fera vivre aux autres autour de nous.

Elle promet souffrances souvent et une fin. Et on a beau dire que la mort n’est pas une fin en soi… qu’une fin est un recommencement… On a beau avoir toutes sortes de croyances qu’elles soient d’origines religieuses ou spirituelles, moi, personnellement, je n’ai jamais discuté avec quelqu’un qui était mort et qui était revenu pour m’en parler. Honnêtement, j’aurais probablement la peur de ma vie si cela arrivait et j’aime mieux ne pas savoir (rires).

La mort est un évènement au même titre que la naissance. Elles se ressemblent tout en étant opposées l’une à l’autre. Et si bien des gens ont peur de la mort, moi qui ai déjà été de ceux-là, je n’ai plus peur de mourir comme avant.

Je ne me sauve plus devant la mort des autres non plus. Je regarde la situation en face et je vis toutes les émotions qu’elle me fait vivre, à ma façon bien personnelle.

Nous sommes habitués, dans notre société, aux cérémonials de deuil qui précèdent et suivent une crémation ou un enterrement. Moi, et c’est là que mon amie Karine vire totalement folle, je déteste ça. Je déteste tellement cela que, la plupart du temps, je ne participe pas. Au diable les conventions! Pendant ce temps, je parle à plus grand que moi et à la personne décédée, à voix haute ou par chuchotements et je médite. Oui! Je me fais mon propre rituel bien à moi afin de souligner la perte d’un être cher.

Cela m’amène aussi à ne pas vouloir de grands rituels lorsque je quitterai cette enveloppe corporelle. Oui, cela me pèse tellement que je ne veux pas le faire vivre aux gens que j’aime.

C’est un peu égoïste que Karine m’explique puisque les rituels pour certaines personnes sont très importants afin de mieux vivre leur deuil.

Au pire j’inscrirai dans mon testament, chose que je dois faire faire là, que si les gens qui m’aiment veulent se rencontrer, qu’ils se rencontrent façon « potluck » tout simplement, en portant des couleurs flamboyantes et en écoutant les pièces musicales que j’aime entendre là, pendant que je suis encore vivante.

Je ne veux personne pour pleurer sur un cercueil vide de vie lorsque je mourrai. À moi, ça ne m’apportera rien de bon, de ça je suis certaine, et aux autres non plus puisque ce genre de rituels n’équivaut qu’à souffrir davantage, selon moi.

Je prône les rires joyeux, les sourires et les rires d’enfants qui courent entre les gens présents si jamais, je dis bien si jamais, on décide de se réunir pour honorer ma vie.

Parce que c’est de ça en fin de compte qu’il s’agit, je crois… d’honorer une vie et non de souligner une mort. Ou peut-être ne suis-je pas venue au monde dans la bonne culture? Parce que ça existe des endroits dans le monde où la mort n’est véritablement qu’un début et qu’on souligne la vie qui vient de passer dans la joie.

En d’autres endroits, on se réjouit parce qu’on est convaincu que dans tous les cas, la mort est une délivrance. On chante, on danse, on fête.

Pour revenir au fameux testament que je n’ai pas fait encore, je ne suis vraiment pas à mon affaire. Franchement! Après tout, je ne sais ce qui me retient puisqu’en faire faire un chez notaire ne fait vraiment pas mourir! C’est plutôt rare en effet qu’on lise dans la section nécrologique du journal : il est mort en signant son testament!

Aussi, je trouve que dans la plupart des cas, on attend souvent jusqu’à la mort pour se dévoiler et s’exprimer au sujet des sentiments que nous éprouvons pour quelqu’un.

Si nous nous aimions tous comme lorsque la grande faucheuse débarque dans nos vies, tout serait si simple, ne trouvez-vous pas?

Parce qu’à ce moment, on relativise davantage, on a le pardon beaucoup plus facile et on s’en fait moins avec des riens. On va souvent directement à l’essentiel.

Il y a énormément de rapprochements qui se vivent à l’heure de la mort. Mais de grâce, n’attendez pas la mort pour vous rapprocher. Vous imaginez! Toutes ces parties de vie perdues à ne pas nous aimer? À nourrir la haine et la mésentente? Quel gâchis, vraiment!

Moi je veux vivre ma vie comme si j’allais mourir un jour et non mourir ma vie comme si j’allais vivre ma mort un jour.

Il y a une nette différence!

Et pour les rituels, à ceux qui m’aiment et pensent ne pas pouvoir s’en passer, j’aurai toujours de petites idées à leur partager. Une envolée de papillon que moi j’associe à la liberté. Un recueil de textes rédigés par ceux qui m’aiment qu’on remettra à autant de gens qui restent après moi… enfin bref! Tellement de choses peuvent être faites en guise de rituels sans tomber dans tout ce que nous connaissons déjà!

Pour l’heure je vais aller mourir ma journée, dormir une bonne nuit et renaître demain à un autre jour.

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