Par Josée Durocher

Lors des deux dernières semaines, j’ai été la proie d’un énorme shutdown autistique et, honnêtement, j’ai pensé que je ne m’en remettrais jamais. Bien sincèrement, je ne m’en suis pas tout à fait remise. Je laisse le temps au temps, comme on dit, mais rien n’est facile en ce moment, et c’est avec beaucoup d’humilité que j’écris ces lignes.

Les derniers mois ont été très exigeants sur le plan professionnel. Contrairement à la plupart des gens, mes activités n’ont pas été ralenties par la pandémie. J’ai travaillé énormément et j’en étais très fière. Pourtant, j’étais fatiguée et j’avais vraiment hâte de me reposer un peu.

Et, quand j’ai pensé que le moment de souffler était arrivé, mon fils a fait sa plus impressionnante crise d’épilepsie à vie. Elle semblait interminable, et il n’a repris connaissance qu’une fois arrivé à l’hôpital. Nous ne pouvions l’y accompagner à cause de la COVID-19 et s’il n’a quitté la maison en ambulance que vers les 15 h, ce n’est que tard le soir que nous avons eu de ses nouvelles.

Du coup, moi, j’ai flanché. C’est comme si tout mon monde s’écroulait et… c’était trop pour moi. Après avoir travaillé si fort, j’étais fin prête à prendre du repos… j’avais besoin de repos. Mais mon anxiété a pris le contrôle sur tout, et j’étais maintenant à fleur de peau, et tout était devenu difficile à gérer.

Mon fils a eu des complications à la suite de cette fameuse crise d’épilepsie, et j’étais inquiète plus que jamais. Je n’arrivais plus à rien gérer et je ne souhaitais qu’une chose : qu’il revienne à la maison en santé. Et lorsqu’il a eu son congé, j’étais envahie d’un très grand bonheur alors, je me suis mise dans l’action.

J’avais besoin de bouger et je vivais une certaine forme de nidification. J’ai fait du GROS ménage dans la maison, j’ai déplacé des meubles, redécoré, je me suis débarrassé de beaucoup de choses que je ne jugeais pas essentielles. Bref, je faisais un ménage physique, mais mon ménage mental attendait.

Une fois toutes ces actions posées, je me suis retrouvée devant rien et je n’ai pas eu d’autre choix que de me faire face… de faire également face à ma réalité. J’ai sombré. Pendant quelques jours, j’errais dans la maison et j’avais perdu tous mes repères. J’ai beaucoup réfléchi à la suite de cet épisode peu souhaitable et j’ai pris la décision de mettre la pédale douce sur toutes mes activités.

De toute manière, après ce shutdown, j’étais incapable de faire autre chose que de réfléchir, ce qui n’était pas tout à fait nocif puisque de belles grandes conclusions sont nées de ces multiples réflexions. J’ai pris des décisions qui allaient indéniablement modifier le cours de ma vie.

Comme j’émergeais enfin de cet épisode difficile, un membre de ma famille que j’aime particulièrement a aussi été transporté aux urgences et aurait pu perdre la vie. Décidément! La vie m’envoyait le message que les décisions prises précédemment étaient les bonnes.

J’ai réalisé que je passais à côté de ma vie. Je travaillais tellement que je la négligeais, et par le fait même, je négligeais les gens que j’aime plus que tout.

J’ai donc décidé de travailler un tiers du temps que je travaillais avant. C’est donc avec cette nouvelle réalité que je vous écris. Je vis. C’est nouveau, et ça fait un bien fou! C’est peut-être cliché, mais moi aussi, j’ai fait mon pain durant la pandémie (rires)! Et j’ai un succès énorme auprès de ma famille avec tout ce que je cuisine pour la gâter un peu.

Je me lève chaque matin emplie d’un très grand bonheur… chose que je ne connaissais que très peu avant. Je réalise qu’il était temps de prendre mon temps. J’ai aussi décidé de donner moins. J’investissais énormément de temps dans le don de temps! C’est terminé tout ça. Je cours après ma queue depuis des années déjà, et cela ne m’a rien apporté de plus que beaucoup de casse-têtes.

Mon site Web est toujours actif. C’est moi qui le suis moins. Vous pourrez encore me lire ou lire des témoignages de gens qui ont envie de parler de leur réalité, mais il y aura désormais ralentissement dans la fréquence de ces publications.

Il m’est devenu clair qu’il était temps que je pense davantage à moi pour mieux penser aux autres par la suite. Ces changements sont vitaux pour moi. 

Se choisir, c’est compliqué souvent, mais si simple à la fois.  Mon shutdown autistique m’a fait changer de vie pour le mieux.

Laisser un commentaire